QUELQUES REFLEXIONS SUR LES TEUFS,
LES DROGUES, LA REPRESSION
Par Hélène Iannone



Attention : c'est peut-être une chance pour nous Français de subir la répression...



En 1992, en Italie, la fréquentation des free-parties était environ cinq fois inférieure à celle que connaissent aujourd'hui ce type d'événements (cf. teknival Capodanno à Rome en janvier dernier : + de 15000 personnes). De même, on n'avait jamais entendu parler de rave dite "commerciale" (organisée avec autorisation prefectorale et à accès payant)et le public - alors restreint - n'avait de fait pas encore consommé la partition radicale qui se produira au cours des années 97, 98 et surtout 99 entre amateurs de frees et consommateurs de raves commerciales. Le phénomène techno était alors uni, clos, clandestin et underground, car non encore défiguré par le traitement médiatique et institutionnel dont il sera victime ces 4 dernières années (tout ca, vous le savez, en France c'est la même).



Au début de la décennie et jusqu'en 97-98, en Italie, la répression est féroce, semblable à celle que nous connaissons en France aujourd'hui: arrestations massives, invasions policières, saisie et destruction du matos, diabolisation médiatique... (ça va, on connaît). Dans le même temps, les raves commerciales se développent, récupérant une partie du public d'autant plus alléchée que la drogue circule librement dans ces soirées (police rendue muette par les dons généreux des patrons de boîte + injection dans le marché de la drogue d'une production étatico-maffieuse, l'état se sucre). Mais le mouvement "free" ne faiblit pas pour autant, et le gonflement du phénomène à travers toute l'Europe (qui est en train de tourner à l'hypertrophie) encourage l'organisation de teufs clandestines qui attirent les foules, remplissent les poches de certains et alimentent la prose journalistique. Bientot, chaque samedi soir, dans les usines du centre de Rome, le long du Tibre, à Bologne, à Turin, à Milan, ce sont plus de 100.000 jeunes qui se mouvent sur le boom. Mais bizarrement, plus s'enfle le phénomène et plus grosses deviennent les teufs, moins intense se fait la répression: au fil des mois, c'est de moins en moins de contrôles, de moins en moins d'apparition de képis, jusqu'à une absence totale de saisies et une situation de quasi-permissivité, ou tolérance passive (situation actuelle).



Alors: les autorités auraient-elles, dans un accès de philanthropie démocratique, de jeunisme ou de générosité désintéressée, enfin consenti à laisser ces pauvres raveurs tranquilles ??!



C'est là qu'intervient une bonne dose de sens critique (toujours nécessaire et dont il ne faut jamais se départir). Je pense que le gouvernement italien a été beaucoup plus fin que le nôtre, limite génial (normal pour une nation qui a vu naître Machiavel, lisez ou relisez Le Prince). En effet il a compris:



1. que les teufs sont une réalité indéniable puisqu'elles concernent trop de jeunes, et que continuer à les ignorer est ridicule. Mieux vaut chercher à les récupérer pour les réinjecter dans le systeme avec leurs sommes de fric non négligeables (teufs commerciales) ou, si c'est impossible, les maintenir dans un état stationnaire tout en effectuant un contrôle invisible dessus (nous verrons comment );



2. que la répression donne naissance chez ses victimes à un sentiment d'injustice qui conduit à l'insatisfaction, donc alimente la révolte et durcit le phénomène en le radicalisant (puisqu'il lui donne un ennemi: l'état), au lieu de le stériliser. Ce qui n'était qu'une alternative passive, un "underground", risque de devenir un réseau de lutte anti-establishment. La répression est donc néfaste pour le gouvernement lui-même, tandis que la tolérance passive donne un sentiment (fictif) de liberté ;



3. que la drogue est un extraordinaire moyen de manipulation mentale (lisez ou relisez Le Meilleur des Mondes de Huxley) car elle anihile les velléités individuelles et contestataires, obscurcit la pensée, corrompt les facultés de jugement et de discernemnt (syndrome de la dépression du mardi), procure un but unique et élémentaire (retourner en teuf le samedi suivant pour reprendre des produits) . Par conséquent la drogue maintient les individus qui présentaient un risque pour l'état en tant qu'agitateurs potentiels dans la passivité et l'inertie, tout en leur procurant un sentiment (erroné) de liberté ("je fais ce que je veux, je brave l'interdit, je suis libre et mon pays est un pays libre") en maintenant ainsi l'illusion d'une grande libéralité et tolérance de l'état (Berlusconi a rebaptisé son parti Casa delle Libertà, "maison des libertés"). Comme l'alcool, la télé, le foot, la religion, les mass-media et le consumérisme conditionné du samedi après-midi, les raves et leur corollaire psychotrope sont devenus des instruments de manipulation et d'oppression mentale. Ainsi le gouvernement italien est parvenu non seulement à prendre le contrôle d'un phénomène qui le menaçait, à le stériliser et à l'instrumentaliser à des fins de prise de pouvoir, mais aussi à le faire de manière invisible, sans que ceux qui sont manipulés ne s'en aperçoivent. La pensée unique et le contrôle hégémonique du sens critique individuel atteint un niveau de perfection qui me laisse admirative ( et terrorisée).

CONCLUSION : STOP DRUGS ! KEEP FIGHTING !! C'est peut-être une chance pour nous Français d'avoir un ennemi encore visible....

Hélène Iannone
(merci Gianpaolo pour ses infos).

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